Zi end.

Ça y est c’est la fin. The end. Deux ans pour réussir à formuler correctement  deux mots en anglais. Je frôle le bilinguisme.

Si tout va bien, dans deux semaines, nous serons en France. Chez nous ?

Beaucoup nous ont interrogés sur notre retour : « – Ah, finalement vous n’aimez pas les USA ? »

Et bien non, ce n’est pas pour ça que nous rentrons.

J’aimerais écrire une dernière lettre d’amour à notre pays d’adoption.

Bref, j’aimerais confronter tous les préjugés que j’ai pu entendre avant mon séjour et pendant la durée de celui-ci.

Car, il faut le dire, nous en avons entendus sur l’Amérique et les Américains.

Précision : ceci est MA vision, MON expérience et n’engage que moi. Je ne prétends détenir aucune vérité absolue ni mettre qui que ce soit dans une case. C’est MON histoire que je partage.

Une des phrases que j’ai le plus entendue est celle- ci :

« – Les américains sont gentils mais superficiels, ils ne sont pas de vrais amis et ne vous invitent jamais chez eux. »

Pour avoir passé un an en Californie là où tout le monde est beau, bronzé et extraverti, j’aurais en effet pu m’arrêter à cela.

Mais je suis coriace, j’ai de la famille dans le Nord, là où l’amitié se gagne avec le temps et je viens du Sud là où elle naît autour d’un verre et disparaît au matin.

Alors qu’attendre des américains ?

Quelques rencontres dans les parcs de jeux et un numéro de téléphone échangé pour ne jamais se rappeler ?

un « see you later » qui rime comme un « see you never » ?

Parfois.

Mais surtout, une politesse , une gentillesse et un savoir vivre étonnant.

Et des gens vraiment extraordinaires.

 

À Shannon , mon amie californienne qui m’a confié sa vie autour d’un café sans honte et qui m’a écoutée comme après 10 ans d’amitié…

Shannon, qui m’a tendu son épaule et a fait envoyer des fleurs et des ballons pour mon anniversaire.

Shannon qui a gardé mon fils pendant les coups durs et Shannon qui m’a amenée aux urgent care quand mon mari voyageait et que mon fils frôlait les 41 de fièvre.

Et Guilhem son mari français ( donc ça ne compte pas mais sacrée rencontre !).

A Patricia, qui m’a fait découvrir toutes les libraries du coin, m’a emmenée à la gym et conseillée de partir parce que  «  – Même si je suis triste, c’est le mieux pour ta famille. »

A Pierre Et Ramya qui nous ont invités dans leur maison de Oakland.

A Holly, Mark et Adeline qui nous ont fait découvrir Rochester, invités dans leur communauté, raconté leur pays, soutenus, aidés, respectés.

A Holly  qui m’a offert les meilleurs cookies du monde après un coup de blues et les lasagnes les plus savoureuses au retour de la maternité car elle avait peur que nous n’ayons trop faim.

A nos voisins et même au jardinier et au propriétaire qui sont venus nous apporter des bricoles car « – Nous n’avions pas de famille à Noël . »

À John , d’abord chef de mon mari puis surtout un ami.

John qui a fait grimper mon fils dans les gouttières et a passé ses soirées à jouer à des board games avec mon mari.

A Dustin, Lynette et leurs enfants qui nous ont littéralement traités comme de la famille. Invités pour thankgiving et toutes les autres fêtes.

Eux à qui j’ai confié mon fils quand j’ai donné la vie une deuxième fois loin des miens.

A Lynette, qui a amené mon fils à la maternité avec le sourire jusqu’aux oreilles…

A Belinda et Bert ( Franco – américains, la recette paraît bonne!) qui m’ont payé l’expresso, seul café  valable aux USA ( Désolée hein, sans rancune. ) des centaines de fois et ont refait le monde avec moi.

Voilà, les américains que moi j’ai rencontrés.

 

Et puis, « – Les américains n’aiment pas les étrangers. »

L’amerique reste un pays gigantesque où hélas, les inégalités foisonnent.

Alors oui, être noir ou mexicain ou français sur le territoire américain cela n’a rien à voir. Les américains adorent les français et chercheront toujours à placer leur inévitable « J’ a etoudié la Français à la hight  school, bonejou ! »

Pour le reste, beaucoup reste à faire. Mais quid de notre belle France face à ses immigrés ? Chacun voit midi à sa porte.

Autres répliques si souvent martelées « – les américains sont des consommateurs invétérés et en plus, les américains mangent mal. »

Les américains vivent dans un monde de business où tout se vend et s’achète. J’ai été outrée des lumières allumées la journée à l’extérieur des maisons, par exemple. Outrée des quantités de nourriture jetées, du verre vide rempli comme un tonneau, des voitures polluantes, des climatisations intempestives.

je dirais que vraiment, là Zéro. J’ai perçu, l’Amérique comme le pays du gaspillage.

Manque de prévention, d’éducation…

Pour la nourriture, c’est autre chose.

Excepté ma belle maman ( pensée spéciale pour vous Francoise ) qui systèmatiquement tombait sur un plat horrible lorsqu’elle commandait, il y a du bon et du moins bon.

La réalité ? Les pauvres mangent de la mer**. Plus qu’ailleurs Le cocktail explose : hormones, ogm, pesticides, gras, high fructose corn syrup…

Que mangent nos pauvres à nous ? Une mer** d’un degré inférieur. A pays immense répercussions identiques…

Et les autres?

Et bien, ils mangent comme nous!

un scoop hein?

Figurez- Vous qu’il y a du bio à foison, des coopératives, des viandes sans antibiotique et du fromage importé ( je demande pardon à l’offense pour le cheddar, qui décidément ne me manquera pas).

Avez- vous vu beaucoup de personnes en situation de précarité manger du bio en France ?

Bien manger, c’est une histoire d’argent.

Venons- en au vif du sujet. Celle- là, vous l’avez dite, c’est sûr :

« – Les américains ont un mauvais système de santé. »

Force est de constater, qu’il demeure profondément exclusif et inégalitaire.

En résumé, Medicaid et Medicare pour les vieux et les pauvres, une bonne assurance pour les gens qui peuvent payer et la gale pour les autres.

Oui , car il n’y a ni sécu, ni cmu, ni rien pour certains.

Je vais m’attirer les foudres mais tant pis.

Ce que je viens d’énoncer me fait vomir. Comment refuser le droit à la santé ?

Faisant partie du système de soins français, je me sens particulièrement concernée par ce fait.

Pourtant un point me semble important  :

« – A cause, de ces inégalités, les américains eux, ont le respect du soin.

En tant qu’orthophoniste, j’ai entendu un nombre incalculable de fois « – Madame, c’est pas grave si on vient pas la sécurité sociale vous paiera. »

La sécurité sociale, c’est la poule aux œufs d’or. Sauf que non la sécurité sociale ne devrait pas payer pour l’irresponsabilité des uns et le manque de respect des autres.

Point. C’est dit.

Mon accouchement a coûté 6000 dollars. C’est tout bonnement honteux.

Les traitements contre ma grippe A, 120 dollars. Le lendemain une enseignante mourrait de la grippe faute d’avoir pu payer son Tamiflu.

Ce message s’adresse donc à tout ceux qui pensent que le soin c’est peanut, qui engorgent les urgences, qui y volent juste pour le plaisir d’avoir une échographie, qui jettent leur boite de médicaments pleine.

Attention. Votre avenir pourrait ressembler à cela.

Pour le reste, je demeure mitigée.

J’eu la chance de trouver des médecins hors pair ( merci à la kinésithérapeute de ma fille, au chirurgien dentiste qui a arraché ma dent avec douceur…) et des médecins abominables ( je ne remercie pas ma gynécologue qui m’a dit qu’il fallait souffrir en donnant la vie, et le pain challenge qui récompense la femme la plus dure au mal de la maternité…)

J’aimerais souligner une autre différence, il s’agit du rapport à la maladie.

Souvent, en France est mentionné ce sentiment de honte par rapport à la maladie mentale.

En France, si nous souffrons de bipolarité ou de dépression, c’est la honte. Il faut le cacher. Être fort pour sortir de cela. Parce que les gens qui souffrent le font exprès.

Lors de l’accouchement, nous sommes toutes très inquiètes du fait que  notre corps pourrait nous trahir.

ici, un bipolaire c’est d’abord une personne et un prout, c’est juste un prout.

Prendre un traitement pour une maladie psychiatrique n’a rien de stigmatisant ( du moment qu’on peut se payer).

certains diront que c’est car les lobbies pharmaceutiques dirigent le monde. Que c’est un complot et que d’ailleurs ils nous empoisonnent avec leurs médicaments et leurs vaccins.

Honnêtement, les psychotropes restent tout aussi réglementés et peu de vaccins supplémentaires sont OBLIGATOIRES.

Personnellement, j’assume d’être pro vaccins et d’avoir été  ravie de constater  que tous les vaccins demeuraient gratuits.

Quant aux lobbies?

Jamais vu autant de femmes qui allaitent. La pub pour le lait maternisé et la distribution gratuite est devenue interdite.

Bien sûr, chacun ses choix. Personnellement, j’ai choisi le biberon.

La place de l’allaitement semble si prépondérante qu’il devient un luxe de trouver du lait artificiel.

Spécial dédicace à mon papa qui a été posté 6 kilos de lait en urgence et à mes beaux parents qui en ont planqué dans leurs bagages à chaque voyage.

Allez, je continue : « – les américains votent Trump, ils sont misogynes en plus. »

Oui et re Oui Trump = misogyne, homophobe et tant d’autres MAIS les américains n’ont pas tous voté pour lui !

En deux ans j’ai rencontré UNE personne qui m’a m’affirmé avoir voté pour Trump. Les autres se cachent et meurent de honte.

« – Do not make America embarrassing again. »

Voilà ce que moi, j’ai entendu.

Pourtant, les dernières élections ont parlé.

Les opposants continuent d’y croire «  – Je suis heureux, il n’y a jamais eu autant de femmes élues. » ai-je entendu.

Faut-il rappeler qui s’est retrouvée au second tour en France ?

Je ne cherche aucune excuse aux partisans de Trump, j’aimerais juste que vous sachiez que beaucoup se rebellent, luttent pour bâtir l’égalité de l’Amérique de demain. Point.

La suite ?

« – Les américains manquent  de culture et passent leurs journées devant la tv. »

Encore une fois, question de milieu socio- culturel.

Encore une fois c’est un pays immense donc cela nous paraît plus spectaculaire.

Oui, j’ai vu des bébés devant des tablettes, des bambins collés aux écrans.

Alors que chez nous, cela n’existe pas hein?

Mon fils a regardé un film en 1 an à l’école et je n’ai vu aucun écran dans des salles d’attente autres que ceux proposés par les parents eux mêmes.

Et puis de toutes façons :

« – Les américains sont mauvais en terme d’éducation scolaire. »

Encore et toujours une question de milieu et d’argent.

Ici, l’école maternelle relève du privé. Pour l’école publique  cela dépend du district.

Si votre disctrict craint en matière de sécurité, votre école aussi.

Outre, le fait que la maternelle soit payante donc une nouvelle fois source d’inégalités concernant l’accès au savoir, l’éducation est exceptionnelle.

Je pèse mes mots. Mon fils s’épanouit à l’école avec  2 maîtresses pour 15 enfants , des activités basées sur la manipulation, le respect du rythme et de l’évolution de chacun, des passerelles entre les classes, des enseignants qui prennent le temps d’éviter tout acte de violence, une relation privilégiée avec l’enfant et la famille.

Tous les jours, nous recevons des photos et un petit résumé. Mon fils mange des repas sains et équilibrés. Le tout pour la modique somme de 1000 dollars par mois.

N’allait pas croire que je vais tirer dans les pattes de l’école laïque française.

Mon papa d’ailleurs enseignant m’a toujours épatée par sa foi, son sérieux et son investissement rémunéré pour un salaire à peine plus haut que le SMIC. ( mais puisqu’ils ont les vacances hein. Ironie.)

Alors quoi, ce serait mieux  chez nous parce que c’est gratuit ?

Oui, faute de merles on mange des grives.

Et des classes de maternelle à 30 enfants ( handicapés ou pas avec ATSEM ou pas.), des enseignants épuisés ( les feignants, ils ont pourtant des vacances !) et bien sûr des conditions d’enseignement égalitaires ( tout le monde sait que Mourad de Seine Saint Denis a autant de chance que Jean- Patrick de Neuilly).

Réflexion.

Suite ?

« – la religion dirige le pays. »

En tant qu’athée cela démarrait mal pour moi!

Je dirais qu’en fait l’Amérique fonctionne par communautés.

La religion se veut la principale. Elle prétend se comporter en famille et véhiculer l’entraide et la charité.

Effectivement, beaucoup de l’aide apportée aux personnes dans le besoin passe par l’église.

Les cultes sont pléthores et parfois même plutôt loufoques.

Et pour ceux qui comme moi, ne croient pas ?

J’ai été invitée au sein de la communauté de ceux qui se regroupent et s’entraident autour de principes plus que de religion.

C’était   génial. j’ai pu rencontrer tous les étrangers, homosexuels et autres artistes maudits du coin.

Pile ma came en matière d’amis 🙂.

Et l’homophobie alors ?

Alors?

Un nombre incalculable de genres, des drapeaux multicolores, des toilettes pour les personnes transgenres.

Et du moins bon. Pas de mariage pour les gays.

Bon j’arrête, car vous allez penser que je suis devenue aigrie. Je vous le concède. C’est nul partout.

Et bien non, justement le vrai message c’est que partout il y a du bon et du mauvais. Ici, en France. Partout. Vraiment.

Le monde est gris avec  plein de gens qui l’étirent en agitant les extrémités…

Alors pourquoi, pourquoi ne pas être restés ?

Puisque l’expérience s’est révélée positive ?

Pourquoi, puisque nous n’avons aucun regret?

Pourquoi, puisque nous aimons ces gens et ce pays?

Puisque ma fille a un passeport noir avec un bald eagle imprimé ?

Puisque mon fils parle deux langues et commande de la root beer au restaurant ?

Du moins important au plus important :

– Parce mon mari a réalisé son rêve de décrocher le concours du CNRS

– Parce que j’ai eu la chance inconsidérable de donner deu x ans de ma vie à mes enfants exclusivement mais que mes patients me manquent terriblement. Parce que je suis aussi orthophoniste en plus d’être maman.

– Parce que et honnêtement seulement…notre famille à la chance d’être unie. Celle que nous avons créée ici mérite de rejoindre celle qui nous attend là-bas.

En fin de compte, ce n’est pas un pays mais  notre famille de sang et de cœur qui  fait d’un endroit notre chez nous.

Ils sont et resteront l’unique réponse à ce retour.

Merci à toutes, à tous et bye bye ( premier mot de ma petite américaine).

Ps : Derniers instants sur Facebook que je quitte après plus de 10 ans. Plus de temps, d’envie et d’utilité.

Ceux qui souhaiteraient maintenir le contact peuvent m’écrire par mail ou what app.

Avec beaucoup d’amour,

Laureline.

 

2 commentaires sur « Zi end. »

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